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JEAN-PHILIPPE RAMEAU
Platée

Paul Agnew (Platée); Mireille Delunsch (La Folie et Thalie); Yann Beuron (Thespis et Mercure); Vincent Le Texier (Jupiter); Doris Lamprecht (Junon); Laurent Naouri (Cithéron et un Satyre); Valérie Gabail (Amour et Clarine); Franck Leguérinel (Momus)

Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre-Grenoble

Marc Minkowski

TDK- DV-OPPLT(DVD)
Référence: celle-ci

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Enfin! Cela fait un bout de temps qu'on espérait l'édition en DVD de cette miraculeuse production de Platée, l'un des hauts faits artistiques de l'ère de Hugues Gall à la tête de l'Opéra National de Paris et immense réussite du tandem Minkowski-Pelly. Le spectacle tire avantage du fait qu'ayant abordé l'œuvre au disque plus de 10 ans auparavant, Minkowski puisse aller bien plus loin dans l'audace et les contrastes que dans sa version audio. Il bénéficie également de l'inventivité débridée de Pelly, secondé par une chorégraphe, Laura Scozzi, pas moins "allumée" que lui.

Le Platée de l'Opéra Garnier a été enregistré lors de la reprise du spectacle en 2002, c'est-à-dire avec Paul Agnew dans le rôle de Platée, et non plus Jean-Paul Fouchécourt, titulaire idéal du rôle. Mais la performance archivée d'Agnew ne pâlit guère devant le souvenir que nous avait laissé Fouchécourt. Pour tous ceux qui ne connaîtraient pas Platée (à ce titre, même si je ne suis pas un fanatique des suppléments en matière de DVD d'opéra, un entretien avec Minkowski et/ou Pelly, pour expliquer simplement à tout un chacun la portée de l'ouvrage, eut été un complément bienvenu) soulignons fortement que Platée n'est pas un opéra baroque parmi d'autres; c'est un pur et absolu chef-d'œuvre, un ouvrage qui, avec ses multiples niveaux de lecture, peut enchanter tout type d'auditoire, de 7 à 77 ans.

L'histoire est celle de Platée, une nymphe disgracieuse qui règne sur "des marais superbes". Cette grenouille (même si le mot ne figure pas dans le livret) va être prise au piège d'un complot des dieux. En effet, Junon, jalouse de Jupiter, fait souffler ses Aquilons sur le Mont Cithéron. Pour la calmer, les dieux montent une supercherie en faisant semblant d'unir Jupiter à cette "naïade ridicule". Platée, persuadée d'être extrêmement désirable, prend tout pour argent comptant. Piégée, elle sera la risée du spectacle et provoquera le retour en grâce de Jupiter auprès de son épouse.

"Formons un spectacle nouveau" dit Thespis dans le prologue. Et c'est vrai que Rameau brise bon nombre de règles, par exemple en faisant incarner le rôle d'une grenouille nymphomane par un homme (!), en se gaussant des dieux, c'est à dire de la caste supérieure de la société (Louis XV n'était-il pas, lui aussi volage?), en brisant les conventions musicales (par exemple en plaçant la chaconne au début de l'acte 3 et non à la fin), en illustrant par une cruelle dérision l'impossibilité de l'ascension sociale (merveilleuse idée de Laurent Pelly d'introduire dans le spectacle le personnage muet d'une grenouille mâle qui "en pince" pour Platée, mais que cette dernière, illuminée par ses rêves de grandeur, ne regarde même pas). Platée est aussi un plébicite pour la suprématie de l'art des sons sur l'art des mots. Et on en passe... Oui, Platée est un ouvrage suprême du répertoire lyrique.

Le spectacle de Laurent Pelly et Marc Minkowski est décapant. Le Prologue situe l'enjeu en nous plaçant dans le cadre contemporain d'un auditorium: l'opéra sera ce spectacle nouveau. Platée est vraiment une risible naïade (exceptionnels costumes et maquillages) face à des dieux réellement odieux dans leur cynique condescendance. Le spectacle est décapant, drôle, vivant, inventif et acerbe. Il est parfaitement rendu pour l'écran par la caméra intelligente de Don Kent (cf. la cruelle contre-plongée dans l'acte I sur Platée apercevant Cithéron, les gros plans sur les mimiques d'Agnew) et son montage vif. Musicalement, le bonheur est immense avec une lecture orchestrale fulgurante (cf. acte 1, scène 3; ballet des Aquilons!), des chanteurs-acteurs investis, dominés par la Platée grotesque de Paul Agnew, l'excellent Cithéron de Laurent Naouri, le Mercure (et Thespis) d'airain de Yann Beuron et, aux sommets, l'hallucinante Folie (et Thalie) de Mireille Delunsch.

Inutile d'ergoter: voilà assurément l'un des musts du catalogue d'opéra en DVD dont les quelques bémols (les bruits pas sur la scène, particulièrement gênants dans le prologue à l'acte 1; la marge de manœuvre réduite des caméras au Palais Garnier qui fait que de temps en temps un haut d'archet vient s'imposer au 1er plan) ne sont que vétilles par rapport à l'importance d'avoir archivé pour l'histoire un tel spectacle rendu avec une image 16/9e parfaitement définie et éclairée et un son mordant, tant en stéréo que dans un somptueux multicanal en DTS.

--Christophe Huss

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