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BENJAMIN BRITTEN
The Turn of the Screw

Mark Padmore (Quint), Lisa Milne (La Gouvernante), Catrin Wyn Davies (Miss Jessel), Diana Montague (Mrs Grose), Nicholas Kirby Johnson (Miles), Caroline Wise (Flora)

City of London Sinfonia

Richard Hickox

BBC - Opus Arte- OA 0907 D(DVD)
Référence: Beford/Hampe (Arthaus)

rating

On n'échappe pas au Tour d'écrou, dont la construction implacable fait fusionner temps musical et temps dramatique avec un tel naturel qu'on éprouve dès les premières scènes la sensation d'être littéralement happé. Impossible de ne pas se laisser gagner par l'ambiance délétère de la pièce (admirable nouvelle d'Henri James), impossible de se soustraire à la fascination exercée par les personnages, d'une justesse de caractérisation psychologique sans précédent, et surtout impossible d'éviter l'envoûtement lié à la récurrence obstinée du thème varié qui charpente toute l'œuvre, dont chaque retour apporte un tour de vis supplémentaire à un suspense toujours plus oppressant. The Turn of the Screw est certainement l'opéra de Britten techniquement le plus abouti.

À ce degré d'accomplissement théâtral, l'aspect visuel devient évidemment d'une importance fondamentale. On avoue d'ailleurs n'avoir jamais pu retrouver au disque l'état de sidération provoqué par n'importe quelle bonne représentation scénique du Tour d'écrou. L'inexorabilité de cette musique requiert un vrai contrepoint avec l'image, surtout si celle-ci sait se montrer suggestive sans vouloir tout expliquer. Point n'est besoin d'en faire trop: un excès de détails et d'allusions didactiques finiront par paraître artificiels, alors que la puissance dévastatrice de cet opéra de chambre sera décuplée par une économie de moyens habilement gérée.

À cet égard la comparaison de ce suffocant tournage effectué par Katie Mitchell avec les deux autres Tour d'écrou "audiovisuels" antérieurement accessibles est très riche d'enseignements. Le beau document filmé au Festival de Schwetzingen 1990 (Arthaus) n'apparaît toujours pas démodé: production sobre, classique, entièrement traitée en camaïeux de gris (l'une des plus belles mises en scène de la carrière de Michael Hampe, que l'on n'a pas toujours connu aussi inspiré), servie par de très bons chanteurs/acteurs que même les plans rapprochés ne ridiculisent pas (seul faux pas: la platitude des nombreux plans sur le chef Steuart Bedford, pas vraiment télégénique, et le rôle de la petite Flora confié à une chanteuse certes menue mais qui n'a rien de bien enfantin).

En revanche le film (LaserDisc) plaqué par Petr Weigl sur l'excellent enregistrement de Colin Davis, tentative pourtant pas inintéressante, apparaît d'une insigne maladresse à côté de ce nouveau tournage en décors naturels, effectué lui aussi dans le sillage d'un enregistrement de studio, mais avec cette fois les mêmes chanteurs que ceux qui ont enregistré la bande, et remis en situation de main de maître. Tout le monde ici est d'une crédibilité époustouflante, y compris même Lisa Milne, Gouvernante pourtant replète et sans guère de séduction physique, mais dont la solidité très terrienne rend encore plus troublant son face à face avec un surnaturel qui la déstabilise.

Et le parti pris d'une utilisation très indépendante de la caméra, qui certes va parfois cueillir sur les visages la tension d'un chant cadré au plus près (et toujours d'un parfait naturel: aucune impression de doublage maladroit) mais préfère souvent s'égarer sur de splendides paysages de landes désertes ou explorer d'oppressants clairs-obscurs intérieurs (superbe utilisation de Fulbeck Hall, Lincolnshire, vieille demeure pleine de poussière et de courants d'air), voire capter des moments de suggestion onirique d'une troublante beauté, réussit à ne jamais paraître plaqué sur l'œuvre, y compris même quant le chant semble relégué à une fonction de fond sonore. On ne peut qu'admirer aussi la pudeur et l'habileté de l'évocation par l'image du traumatisme anciennement vécu par les deux enfants, remémoration d'une pédophilie certes latente dans toute l'œuvre mais qui ne gagnerait certainement rien à se trouver soulignée de façon plus explicite.

Musicalement, l'interprétation de Richard Hickox est appréciable, direction magnifiquement détaillée, allusive mais pas feutrée, sans faute orchestral assorti d'une distribution dépourvue de vraies stars mais d'un professionnalisme inattaquable (y compris les deux enfants, remarquables comédiens). Techniquement le mixage entre bande préenregistrée et bruits d'ambiance est parfait, et le format 16/9 idéal pour les travellings sur les paysages et les intérieurs. Seule la précision de l'image aurait gagné à un étalement sur deux DVD, certains passages sous-éclairés trahissant une compression excessive, mais le problème ne se pose que de façon épisodique et ne vient pas vraiment casser l'ambiance. Splendide parution en tout cas, qui suffirait à elle seule à légitimer le genre parfois contesté du "film-opéra".

--Laurent Barthel

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