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JOSEPH HAYDN
La Création

Sunhae Im (soprano); Jan Kobow (ténor); Hanno Müller-Brachmann (basse)

VokalEnsemble Köln; Capella Augustina

Andreas Spering

Naxos- 2 SACD 6.110073-74(SACD)
Référence: Karajan (DG); Hengelbrock (DHM)

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Apport de choix à la discographie de La Création de Haydn, la version Spering ne fait pas dans le détail. D'emblée les cuivres rugueux, les accents puissants, les frottements mis en exergue donnent une image en relief du chaos. On n'a pas besoin d'attendre "Und es war Licht" pour voir s'ouvrir les portes d'une saga musicale! On ne saurait nier, cependant, une redoutable efficacité, qui n'est pas sans évoquer Les Saisons de René Jacobs.

Tout se poursuit sur les prémices de cette promesse, même mieux, en fait, puisque Spering sait être aussi raffiné (la neige, la pluie...) qu'il s'entend à remuer ciel et terre. Évidemment sa direction est très narrative et, constamment vivant, il obtient un équilibre absolu entre les solistes le chœur et l'orchestre, créant une sorte de dialogue tripolaire. Cela semble évident mais se trouve fort rarement dans la discographie. Ici, tout est absolument proportionné, tout s'enchaîne de manière limpide. Et si, je l'avoue, le tout début m'a fait un peu douter, la suite m'a éminemment convaincu.

Car, enfin, tous les mélomanes savent que Karajan a réussi "la" version de La Création, et qu'il y a de belles choses à glaner tant chez Jochum que chez Markevitch, Dorati ou Bernstein et, plus près de nous, Rattle (en anglais hélas) ou même Levine et Rilling. Les "baroqueux" se sont sans cesse coltiné à cette "muraille romantique" d'autant plus solide que l'opulence des effectifs était un souhait de Haydn. De ce point de vue là, Spering, pas plus que d'autres avant lui, pas plus que Jacobs dans Les Saisons ne rend justice au "phénomène masse" voulu par Haydn dans ses deux oratorios majeurs. Mais en attendant le chef qui puisse résoudre la quadrature du cercle (vivacité, narrativité, transparence et effet de masse) il nous faut chercher la meilleure proposition.

Puisque c'est dans la sphère "instruments anciens" que s'inscrit Spering, voyons les alternatives: Kuijken (Accent), Harnoncourt (2 versions), Brüggen (Philips), Gardiner (Archiv); Weil (Sony), Hengelbrock (DHM). Tous sont très bons, excellents, voire exceptionnels. Mais... Kuijken est aujourd'hui un peu dépassé, Harnoncourt I un peu raide, Harnoncourt II curieusement lissé et Brüggen handicapé par ses solistes. Restent Weill, Gardiner et Hengelbrock. Weil, excellent, parfois un peu cassant et peu poétique, mais bondissant; présente un excellent chœur d'enfants, mais un baryton un peu léger. Gardiner est remarquable, vivant, mais d'une certaine raideur et d'une tendance démonstrative (genre "je vais vous montrer comment ça se dirige"). Ma version préférée dans ce domaine est celle d'Hengelbrock: frémissant, subtil et beaucoup plus humain. Mais Spering est encore plus convaincant, pour une raison simple.

Tout aussi théâtral (cf. les percussions en fond sur "die Welt so gross", plage 9 du CD 2 ou les inflexions demandées au soliste pour "Am Boden kriechend", plage 1 du CD 2), lumineux et proche de l'auditeur (ce que Gardiner, qui "livre la marchandise", n'est jamais), Spering est d'une plus grande logique rythmique: il tient ses troupes, alors que Hengelbrock a une fâcheuse tendance à les laisser s'emballer (c'est flagrant dans la 1re partie). Miraculeusement, jamais Spering ne cède à Hengelbrock en caractérisation sonore. Ses solistes (les mêmes pour les trois parties) sont excellents: Sunhae Im, voix de Suzanna (Le Nozze) très bien placée, un peu moins angélique que Monoyios (version Weill), tient parfaitement ses rôles, Kobow est parfait dans ce répertoire, et Müller-Brachmann compense le manque d'extrême grave, qui lui fait choisir prudemment l'octave sur "Gewürm", par une présence exceptionnelle et une intelligence du texte absolue. On notera la pertinence des récitatifs, soutenus par un violoncelle intelligent et un pianoforte aussi beau que celui employé par Bruno Weill. Le chœur, lui aussi, est brillantissime, de même que le goût absolu, la musicalité et la discrétion du traitement multicanal. Aux antipodes sonores de Karajan, voici une nouvelle référence en la matière.

Parutions: France 29 avril 2005; Canada 19 avril 2005.

--Christophe Huss

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