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HANS WERNER HENZE
L’Upupa

Laura Aikin (La Princesse Badi’at), John Mark Ainsley (Le Démon), Alfred Muff (Le vieil homme), Hanna Schwarz (Malik), Günter Missenhardt (Dijab), Matthias Goerne (Al Kasim), Axel Köhler (Adschib), Anton Scharinger (Gharib)

Chœurs de l’Opéra de Vienne;
Orchestre Philharmonique de Vienne

Markus Stenz

EuroArts- 2053929(DVD)

rating

Lors de la création mondiale de L'Upupa, à Salzbourg, en août 2003, Hans Werner Henze affirmait qu'il signait là son dernier opéra, qu'à 75 ans largement passés il n'aurait plus le courage d'entamer un nouveau travail lyrique de grande envergure. Ceci n'est déjà plus vrai, puisque Henze achève en ce moment une nouvelle version de son opéra Das verratene Meer pour le Festival de Salzbourg 2006, en y rajoutant au passage près de quarante minutes de musique supplémentaires, mais peu importe... Henze a effectivement conçu L'Upupa comme une œuvre testamentaire, qui condense son savoir-faire à un tel degré de maturité artistique que tout y semble d'un naturel parfait. Cet opéra devrait occuper dans sa carrière la même place que la Flûte enchantée pour Mozart et Falstaff pour Verdi, à un degré de réussite qui n'est pas moindre : un petit bijou de poésie et d'apparente simplicité.

Ces références au passé s'imposent sans ambiguïté, Henze ayant toujours considéré l'opéra comme un art dont il n'y a pas lieu de bousculer les traditions. Y affirmer sa personnalité sans devoir tout déconstruire pour se distinguer est un privilège qu'il doit à la seule sûreté de sa plume. Un "cas", comme la seconde moitié du siècle dernier en comptera finalement fort peu: Britten, Henze... qui d'autre ? On leur adjoindrait volontiers Reimann et son Litteraturoper, la production inégale d'un Tippett, certaines réussites de Peter Eötvös... petit jeu subjectif mais utile, ne serait-ce que pour prendre conscience qu'en matière de création lyrique au 20e siècle le tri devient beaucoup plus facile à faire qu'on le pensait il y a encore vingt ans. Et qu'il s'effectue surtout au détriment d'une kyrielle de happenings scéniques qui n'ont plus d'opéra que le nom, desséchés par l'invasion du parlé, aliénés par le borborygme créatif, pollués par l'électroacoustique, l'éclatement spatial et le multimédia... de quoi remplir un immense carton de coûteuses archives que l'on n'ouvrira plus jamais.

La survie de l'opéra aujourd'hui passe plus que jamais par la grâce de salles remplies soir après soir, par des spectateurs qui payent leur place. Et jusqu'à nouvel ordre, depuis quatre siècles, n'ont conquis de durable popularité que des opéras pas forcément faciles d'accès mais dont sans exception les lignes vocales et chorales pourraient s'imposer même si on les exposait toutes nues. Et cet art de n'écrire que des lignes chantées évidentes, Henze le maîtrise aujourd'hui avec une telle efficacité que l'on en reste presque perplexe. Une habilité que la critique spécialisée continue d'ailleurs à ne pas savoir comment analyser, hormis en soulignant encore et toujours ses parentés avec l'écriture vocale d'Alban Berg, ce qui est à la fois vrai et foncièrement réducteur. La filiation est en fait beaucoup plus large: Monteverdi, Moussorgski, Debussy et Berg, soit, on en conviendra, les plus beaux exemples d'aisance et de naturel que l'on puisse trouver à l'opéra.

Ni réactionnaire, ni novateur, simplement habile, et somme toute parfait: voilà qui ne contente pas tout le monde mais qui, avouons-le, nous convient tout à fait. On garde un merveilleux souvenir de la création de L'Upupa, vécue dans la salle, l'impression de retrouver pour un soir le plaisir d'un Salzbourg de l'âge d'or que l'on croyait à jamais révolu: l'ivresse sonore de la Philharmonie de Vienne en fosse, une scénographie évidente, une musique d'un équilibre et d'un tact parfaits, une interprétation vocale irréprochable... et de vraies expressions de bonheur sur le visage des spectateurs, quittant la salle à regret (après largement plus de deux heures de spectacle pourtant).

C'est cela la réussite de L'Upupa: une magie, à la fois candide et subtile. L'expérience est à vivre, et il est probablement inutile de la commenter davantage. Le livret est simple, joli conte oriental à plusieurs degrés de lecture, le traitement orchestral ductile (incluant quelques froissements d'ailes enregistrés, utilisation de l'électroacoustique peu courante chez Henze mais parfaitement réussie), les lignes vocales sont superbes de simplicité et d'expressivité (n'abusant jamais d'un Sprechgesang cantonné à quelques phrases essentielles) et même quelques longueurs décelables ici ou là ne réussissent jamais à ennuyer durablement.

Après l'éblouissement de la création (un spectacle déjà repris sur plusieurs autres scènes mondiales), le DVD permet à présent un autre regard, peut-être moins flatteur. Le resserrement de l'image minimise l'impact des superbes décors de Jürgen Rose, dont les changements de couleur et les proportions harmonieuses enchantaient à chaque moment. Les gros plans ne sont pas toujours favorables à la gestique un rien convenue des seconds rôles (les deux frères d'Al Kasim paraissent en faire trop). Et même la répétitivité des mimiques de John Mark Ainsley (le personnage doit paraître maniéré, mais il est inutile d'en rajouter) finit par agacer. En revanche Matthias Goerne, un peu pâle à la scène, gagne beaucoup à être capté de près, tant vocalement que scéniquement (attachante composition de fils modèle, bon garçon droit et naïf, et conduite vocale remarquablement subtile), et Laura Aikin est toujours aussi délicieuse dans son personnage de petite Princesse aux pieds légers. Finalement, au fil des péripéties et des moments de pure beauté (visuelle, orchestrale, vocale...) l'équilibre se rétablit, et ce DVD fait passer une bien belle soirée, moins miraculeuse sans doute que sur le vif, mais dont l'essentiel du charme est préservé.

Au passage, réjouissons nous qu'un opéra de Henze puisse connaître grâce au DVD une diffusion aussi large moins de deux ans après sa création. Quant on pense au temps qu'il a fallu attendre pour disposer d'un enregistrement correct des Bassarides, d'une véritable intégrale de l'Elégie pour de jeunes amants, d'un bon témoignage enregistré du Prince de Hombourg (accessible finalement par le biais du DVD, mais depuis fort peu de temps seulement)... Et toujours rien aujourd'hui du Roi Cerf, de Das verratene Meer, de Venus et Adonis, de la trilogie dansée Tanzstunden...

Un travail discographique essentiel reste à faire pour renforcer notre connaissance d'un musicien lyrique aussi convaincant. Espérons au moins que le succès mondial remporté par L'Upupa permette d'amorcer durablement ce mouvement.

--Laurent Barthel

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