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JOSEPH HAYDN
Symphonies parisiennes (n° 82-87)


Concentus Musicus Vienne

Nikolaus Harnoncourt

Deutsche Harmonia Mundi- 3 CD 82876 60602 2(CD)
Référence: Bernstein (Sony); Weil (Sony)

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Combien de fois vous est-il arrivé d'acheter un coffret de 3 CD de musique orchestrale, de commencer à l'écouter et de ne pouvoir vous arrêter avant la dernière note, comme on le ferait pour un roman policier ou un film à suspense? Et, une fois terminée la première audition, avoir envie de recommencer immédiatement, tant il y a de choses à découvrir encore. Qu'on se le dise, sans faire de "harnoncourite aiguë": le chef autrichien apporte à la traduction musicale de ces partitions un niveau de réflexion, d'attention, de soin, de verve et d'imagination jamais approchées.

Il y a eu de très bonnes versions des Parisiennes, de Kurt Sanderling (le plus distingué) à Thomas Fey (Symphonies n° 82 à 85, le plus fougueux), en passant par Antal Dorati, Neville Marriner, Bruno Weill et, surtout, le grand Leonard Bernstein. Mais là, c'est autre chose... On croirait entendre réalisée en sons la pensée de quelqu'un qui a médité toute sa vie uniquement sur ces œuvres-là. Tout est remis sur le tapis, prémédité dans le moindre détail: coups d'archets, accents, phrasés, équilibres, mise en lumière des bois, tempos, caractérisation sonore, effets humoristiques. Personne n'aurait l'idée de faire un film sur Haydn, mais le Haydn que cet hypothétique long-métrage pourrait véhiculer serait celui-ci, avec un rire franc, moins bruyant que celui d'Amadeus, et, surtout, la possibilité d'endosser mille et un personnages: du philosophe au paysan. La joie de l'esprit: voilà ce qui est célébré ici! Et l'esprit supérieur de Haydn, celui qui a "tout" inventé en musique (du quatuor à la symphonie), a rencontré celui d'un interprète.

Pour cadrer le sujet, Harnoncourt n'est pas un chef qui applique aux Symphonies parisiennes un "moule baroqueux" ou des formules toutes faites. C'est ici tout le contraire d'un "Haydn pouêt-pouêt, boum-boum" et ce qui frappe en premier c'est l'esprit de finesse et la justesse musicale. Il y aurait une thèse entière à écrire sur ces symphonies à travers cette lecture, mais voici quelques brefs exemples.

Les reprises: logiquement et scrupuleusement observées. Les indications métriques des partitions, changeant selon l'exposition ou la reprise, prouvent que Haydn voulait bel et bien ces reprises: elles donnent d'ailleurs aux œuvres une stature et une ampleur qui s'imposent. Par exemple le jeu d'Harnoncourt autour de la "fausse fin" du Finale de la Symphonie "L'Ours" est unique dans la discographie.

La pulsation: on écoutera par exemple les Menuets, très délicats. Un excès de dogmatisme baroque (Fey) amène à les bousculer. Or il y a dans les Menuets chez Haydn un zeste "paysan" parfois trop bourru dans d'anciennes interprétations. Harnoncourt trouve le juste équilibre et y ajoute une étude poussée des équilibres et des timbres, avec des mises en relief sublimes de bois (ex. Symphonie n° 87). Les trios des Menuets sont d'une beauté à couper le souffle. Le plus beau de tous à mon avis: celui de la Symphonie n° 86.

Théâtre et pondération sont deux aspects majeurs qui trouvent leur expression dès la première symphonie du coffret, avec le Finale de la Symphonie "l'Ours" rythmiquement pondéré, rendant justice à la fois à "l'effet de cornemuse", aux pédales sonores (que l'on a aussi à la fin du Finale de la n° 86) et à la rusticité de l'ensemble. À ce chapitre on fera une observation particulière sur les contrastes, avec en apothéose, la Symphonie n° 83, "La Poule", la plus hargneuse du cycle, mélange de drame et de comédie. Evidemment l'aspect "poule" du 1er mouvement (hautbois) est irrésistible.

Le style: les esprits raffinés remarqueront, à la suite de mon estimé collègue David Hurwitz, que Harnoncourt reprend, comme c'est écrit, le portique d'entrée de la symphonie "La Reine" (un grand choc, à 2'55). La conception qu'Harnoncourt a de l'œuvre -une Suite avec Ouverture, Gavotte, Menuet et Contredanse- est visionnaire, lumineuse et crédible.

Haydn est décidément gâté en ce mois d'avril 2005, avec la Création par Spering, les Concertos pour pianoforte par Brautigam. Mais les Parisiennes de Harnoncourt sont vraiment la cerise sur le gâteau!

--Christophe Huss

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